mardi 29 septembre 2009

أبدال

هناك أشياء أريد أن أقولها لك. سأنتهي من العمل الساعة الواحدة والنصف وأكون عندك في الثانية.

أضع سماعة التليفون وأتمدد على السرير. أنظر إلى الكنبة ولا أفعل شيئا سوى التحديق في أرقام الساعة الحمراء التي ترفض أن تتغير مهما اشتدت حدة نظري. عبد الوهاب يلفظ اسمه «أبدال» ككل أبناء فرنسا المغاربة الأصل، لا ينكر عروبته التي لا تكاد تظهر إلا في ملامحه وعبادة كسكسي أمه، ولا يعتز بها كذلك، كما لا ينكر فرنسيته الجلية في انتقائه الدقيق لكل كلمة تخرج من فمه، ولا داعي له للاعتزاز بهوية يتولى آخرون، إراديا أو اعتراضيا، مهمة سلبه منها.

عبد الوهاب لا يحبني كثيرا. يضايقه فيّ نكهة الطبقة المتوسطة الميسورة التي تفوح من كياني، يمقت تصرفاتي البيجماليونية المتغطرسة التي تصدر مني سهوا مهما حاولت كبحها، تزعجه محاولاتي تعريبه إذ تقترن عنده العروبة بتجربة الحرمان التي لم أعرفها. أعجبته أم كلثوم واعتاد أن يدير شريط «الحب كله» عندما نتمازج على السرير، يفهم بعض كلماتها وشرحت له الباقي، ضحك لسذاجتها. عبد الوهاب لم يقل لي «أحبك» ونبهني إلى أنه لن يقولها.

سكرت منذ يومين. دعوته على العشاء في مطعم، تكلمت بصوت عال وقلت ما لا أريد أن أتذكره. دفعت الحساب، مستهزئا بقلة كرمه وأحرجته عمدا. أعرف الآن أنه سيتركني. لن يغنّي لي أنه ليس لعبة بين يدي ثم يعود إلي. عبد الوهاب لا يؤمن بكلمات الأغاني المصرية. إن ظننته لعبتي، فسيكسرها ويكسرني معها.

أحدق في الكنبة . أراه، منذ ثلاثة أشهر، عاريا مستلقيا عليها، يشرب كأس شامبانيا. كنت أضحك عليه إذ بدا كاريكاتورا للانحطاط البورجوازي، لم يضحك هو، لعله لم يسبق له أن ذاق الانحطاط. قلت له إني أحبه. لعلي لم أحب سوى ما يمثله. أحيك نسيجا من الأعذار والاعتذارات سأقدمه له جاثيا عند قدومه. لن يروقه جثوي، ينفّره امتثالي له، وأنا واقع في ذلة كلثومية تزداد دمسا يوما بعد يوم. لا أستطيع انتظاره هنا، في البيت، أهرول إلى موقف الأوتوبيس حتى أتلقفه عند نزوله وأعوذ من حتمية القطيعة. تمر حافلتان ليس عبد الوهاب في عداد ركابهما، أجلس جاثما على دكة الموقف، أتمتم دعوات لن يستجيب لها آلهة لم أهتم طوال حياتي بتعلم سبل الاتصال بهم. الجلوس لا يطاق والقيام يؤرقني. أعود إلى البيت، أنتظره متمددا على السرير.

عند وصوله، لا أكاد أغلق الباب وراءه حتى أعود أدراجي إلى السرير، كأن حيطاناً غير مرئية تحول دون اجتياحات الواقع.
- لست هذا الذي تبحث عنه. لا أستطيع أن أهبك ما تريده مني، أعطيت كل ما لدي. لست قادرا على إسعادك. أعجبني ما عرفتني عليه، وسأفتقده دون شك. دعنا أصدقاء.
مهارته في اختيار الألفاظ المناسبة لم تخذله، تبدو كل الكليشيهات صادقة بل نبيلة. أحتج احتجاجا ضعيفا، أساوم كل بند من بنود اتفاق لن يبرم. يردّ إليّ مفاتيحي إذ سيأتي المرة المقبلة ضيفا، هكذا يقول. يمضي ولا أراه أبدا.
ثم أعكف أبحث له عن أبدال.


lundi 28 septembre 2009

L'or des fous

Vous croyez qu'il ne faut pas trop solliciter les lieux. Qu'ils sont comme de vieilles mines d'or aux filons épuisés. Qu'une pépite se chérit, et qu'il ne faut pas retourner à la mine de peur qu'elle soit la dernière. Que dans l'éloignement il y a de l'espoir, et dans la fréquentation la certitude du manque.
Vous n'étiez pas allé depuis bien longtemps dans ce cinéma de la gare, des orpailleurs vieillissant y tamisaient une eau croupie, vous aviez bien tenté d'y plonger les mains, mais vos doigts se refermaient sur le vide, ou sur votre propre sexe, que vous connaissez déjà trop bien. Un an peut-être, depuis le dernier passage. Et puis l'envie d'aller y voir, par acquit de conscience ; oui, c'est bien cela, une affaire de conscience professionnelle, vous êtes gardien des lieux gris, vous devez savoir s'ils se réveillent ou s'ils sont plongés dans ce sommeil qui précède l'extinction des lumières, la démolition, la reconversion.
Le vieux caissier noir vous a tendu votre billet, vous descendez l'escalier qui sent l'eau de Javel, attendez que du haut il vous ouvre la porte capitonnée, et c'est en bas l'habituel défilé de laideur et de misère grotesque. Vous vous branlez devant l'écran, oublieux des regards qui implorent. Vous allez faire un tour.
Quand vous revenez, il est là. Il aura profité de ce moment d'inattention pour s'asseoir. Il porte un jean sombre et une veste de cuir, une grosse main en or autour du cou repose sur son sweatshirt bleu pâle, et sa boucle d'oreille brille quand l'écran s'illumine. Vingt ans. Magnifique. Ses joues sont recouvertes d'un duvet perlé, il sourit, extatique, yeux fermés. Un fantôme, ni beau ni laid, ni vieux ni jeune, a déjà posé sa bouche sur sa braguette. Son sexe courbé disparaît dans la bouche anonyme, vous en discernez à peine le gland gonflé, vous enviez l'autre pour son plaisir, et lui pour sa splendeur confiante. Il est adolescent mâle des poèmes bagdadiens ou sauvageon d'outre-périphérique. Vous le regardez, lui seul, pas l'autre qui suce et qui n'est rien. Vous vous asseyez sur le siège de devant, oubliez l'écran, la salle, savourez le miracle. Il ouvre les yeux. Vous lui souriez, et il vous rend le sourire, il est pleine lune dans la nuit.
Vous ne savez pas si sa force brute se retournera contre vous, si vous pourrez continuer à le fixer sans qu'il ne se lève vous frapper. Mais il vous sourit toujours. Et maintenant, il vous invite du regard. Un retournement imprévu se joue en lui, pour vous. Un glissement millénaire, un fantasme tectonique en recouvre lentement un autre. Le blédard cède la place au jeune libertin. La petite frappe est possédée. Il baisse son pantalon, soulève ses jambes, retire ses chaussures, une à une, pose son froc à terre, glisse son slip, se ravise, fouille dans une poche, en retire deux capotes, en donne une à son suceur, et vous tend l'autre, dans un sourire de damné. Le mâle maure cuisses confiantes ouvertes s'échappe par sa bouche comme vapeur invisible, le succube révélé se love sur le fauteuil, s'assoit de biais, tend son cul vers votre majeur qui le fouille, vous retirez d'un geste négligeant la main inconnue qui déjà saisit votre bite, cherchez du gel fébrile dans votre poche arrière, et vous le pénétrez, debout, ne chassant même plus les vieillards affolés qui assistent muet à votre triomphe. Vous êtes seul au sommet du mont Sinaï, il vous tend son cul comme on tend les tables, et vous baisez Dieu. Vous lui claquez les fesses, il se soulève encore, il retourne la tête et vous sourit toujours. Le temps s'arrête.
Il jouit sur le fauteuil, se rhabille aussitôt, et le mâle maure dissipé aux quatre coins de la salle rentre dans sa bouteille, la racaille réintègre sa peau.
- Tu te tires, là ?
- Ouais.
- Ca te dirait d'aller prendre un café à côté ?
- Si tu veux, mon frère...
Vous l'invitez à une noisette. Il vous dit s'appeler Tarek et ça lui va bien. En dix minutes de terrasse d'été indien face à la gare, il a le temps d'être à la fois étudiant en cinéma et en architecture, d'avoir besoin de cours d'anglais et de cours d'arabe, de ponctuer chaque phrase de c'est sûr et de tranquille, d'émettre des opinions définitives sur le Ramadan, les Arabes, les Français, le cinéma, l'argent, la vie, le sexe, la sodomie et la mort, et rien de ce qu'il pourrait dire ne pourrait être mieux. Vous venez de baiser votre soldat irakien, votre pâtre sicilien, votre voyou de la Courneuve, d'assouvir mille fantasmes en son corps. Tandis que le petit mâle pérore, il y a sur votre face le sourire victorieux du patricien et sur votre doigt l'odeur de son cul, que vous humez à la dérobée. Vous reprenez le bus, le cours interrompu de votre vie, et vous bénissez le seigneur de tout cet or qu'il vous a accordé.
***
Tarek vous appelle, parce que vous lui avez donné votre numéro de portable. Il vous donne rendez-vous devant sa station de métro, rive gauche. Oh, il est bien joli ! Sa gueule de petit dur mêlée de sourire est belle devant le kiosque à journaux comme dans le noir de la salle. Il vous emmène dans sa petite chambre au dernier étage, un gros Coran relié vert et or traîne sur la télévision, des photos des parents dans les petits cadres de l'étagère, une couverture vite étendue sur le lit, c'est celui de ma soeur, précise-t-il. J'embrasse pas, il ne le dit pas, il détourne seulement sa bouche de la vôtre.
Il se couche sur le ventre et vous tend une capote. Fesses charnues, cuisses fines, corps musclé filiforme, tout en fibres, bite petite et incroyablement dure. Il veut se faire fesser, se faire enculer, jouir vite. Alors vous vous exécutez. Vous tentez de déchirer l'enveloppe de la capote qui résiste, vos doigts gourds glissent sur la surface lubrifiée de l'emballage, vous paniquez, forcez l'aluminium doublé de plastique avec vos dents. Il veut se faire baiser dans la position de son plaisir, pas du vôtre, il se fout de vous comprimer les jambes. Il se fout que vous jouissiez ou pas, car il a déjà dégorgé, car il est déjà dans la cuisine, à chercher des mouchoirs, à vous tendre une lingette, à fouiller ses placards, à ranger la couverture, à plier la serviette, votre bite tendue est devenue aussi grotesque que celles des vieux du cinéma, et il ne vous regarde plus.
Tu as un ordinateur ? Tu pourrais me taper un truc ? Vous essuyez encore le sperme triste sur votre ventre blanc. Vous n'avez pas d'ordinateur. Vous ne lui taperez rien. T'as pas de la monnaie ? Il vous montre dans sa poche cinq billets de cent euros. J'ai que ça, ça m'emmerde de les casser. Je te rembourserai.
Vous lui donnez cinq euros. On se rappelle, hein ? Vous avez souillé votre souvenir. Vous avez oublié que les pépites d'or sont comme les lieux à ne pas solliciter. Qu'on peut se retrouver avec un cristal de pyrite dans la main. Vous aviez du matériau pour cent ans de branlettes, et il ne vous reste rien.
Cinq euros, solde de tout compte.

Frères de blog

Ils font partie de ma famille. Je ne les ai jamais vus. Je les regarde voyager, j'envie leur voyage à Marrakech, leur été dans les îles grecques, leur quinzaine à New York, leur week-end de thalasso à Biarritz, leur séjour à Toronto, leur semaine chez Maman, leur rupture à Perpignan. Je les regarde se droguer, un trait de C. par ici, un Taz par-là, parfois même un peu de crystal — ils ne lisent donc pas ? — et je les observe se rouler par terre, s'effondrer en after, s'épuiser en pilules, s'écrouler dans une flaque de bière, de whisky, de vin, de dégueulis qui tâche mon écran tous les week-end et que je recherche fiévreusement.
Ils ne dorment pas sans lexomil, sans xanax, sans stillnox, sans alcool, sans écrire, sans se dire. Ils s'aiment, parfois, ils se photographient ensemble, en lunettes roses, puis ils se quittent et se déchirent devant moi. Ils s'envoient des bouteilles à la mer, des détours de phrases pour me dire à moi qu'ils lisent toujours l'autre, qu'ils lui jettent des parle-moi un peu malins, ou des silences ostensibles et signifiants.
Ils écrivent de petits textes pleins d'ironie sans virgules, pleins d'émotion devant un croissant, pleins de colère pour un auteur mort, pleins de bourgeoises qui dialoguent, de clubbers qui sniffent, pleins d'absurde, pleins de rire, pleins de noms propres, pleins de clins d'oeil, pleins de liens qui attirent mon regard sur d'éloignés cousins qui deviendront peut-être des frères, du jour au lendemain.
Ils ont des métiers modernes et indéfinissables, mystérieux brasseurs de budgets dans les ministères, coeurs généreux de Robin des Bois se heurtant aux fonctionnaires desséchés, aux méchantes infirmières, aux directeurs de grands magasins, ou bien apprentis avocats, visionneurs de clips, réalisateurs de pubs, concepteurs, graphistes, infirmiers et poètes. Ils débutent toujours mais connaissent tant de choses, voient tant de films, écoutent tant de musiques, lisent tant de livres, multiplient tant les références que je ne sais comment ils vivent tant de vies en aussi peu de jours.
Ils sont beaux, leurs corps se devinent au détour de photos un peu floues qu'ils cachent loin sous les couches de leur sites, comme un petit oeuf en chocolat que je dois aller déterrer dans le jardin, que je mange trop vite, restant sur ma faim.
Ils baisent sans cesse. Ils se font fister à Barcelone, défoncer le cul pendant des heures dans leur appartement des Maréchaux, sucer pendant des semaines dans des bars, ils pissent dans les rues, ils jouissent devant moi, leurs bites, leurs culs habitent mes quinze pouces, des filets de sperme sourdent de mon clavier, noient les touches, empoissent mes doigts, je bande avec eux, je me branle, je les baise, je les suce.
Leurs larmes coulent aussi souvent que leur sperme. La frénésie de leurs quêtes les épuise et ils tombent comme des gladiateurs, puis se relèvent. Ils me montrent du doigt l'eau salée qui coule sur leurs joues, le sang qui s'échappe des clous transperçant leurs mains et leurs pieds, ils transmutent leur peine en mots électroniques et l'affichent, la postent, ils sont femmes siciliennes, pleureuses égyptiennes, ils se couvrent la tête de cendres, se déchirent les joues et se labourent les flancs de leurs ongles, fils de la Méditerranée quand même ils se croient Parisiens, ils espèrent sans y croire que la publicité de leur malheur l'atténuera, que le partage les soutiendra.
Leurs proches meurent, leurs parents tombent malades, le sale virus entre dans leur sang, ils en fêtent l'anniversaire, le maudissent, le célèbrent, le conspuent, le revendiquent, puis tombent comme chiffons un soir de solitude.
Sur un haut gradin de mon cirque maxime, je vois des gerbes de sang éclabousser les spectateurs et je tire un peu ma toge blanche. Ils sont en bas, dans l'arène, à mourir pour moi, à baiser pour moi, à rire pour moi, à souffrir pour moi.
Ils font partie de ma famille et je ne les connais pas

Vacances à la ferme

En mélangeant le sable gris avec des pétales de rose, on obtient des tartes au fruits, tandis qu’en mêlant de la terre brune avec des pistils de bleuet et de pissenlit, ce sont des religieuses. Sur le petit muret devant le moulin, il faut aligner les gâteaux, balayer avec un pinceau de marguerite tous les interstices, préparer un cadre de mousse pour l’étal, œuvrer sans relâche pour que chaque confiserie apparaisse pure, beurrée et luisante dans la vitrine de notre boulangerie. Ma cousine ne mêle pas assez vivement les fleurs à la poussière, et je rudoie mon incompétent mitron, les clients vont fuir ! Il faut inventer de nouvelles spécialités, décorer nos saint-honorés de brins d’herbe fraîche, nos vacherins d’une brindille plantée à cœur. Quand c’est une vraie mûre que nous plantons au sommet de l’édifice minéral, nous dévorerions presque les petits cristaux de quartz ocre. Les heures passent sans ennui à ouvrir et fermer boutique, à nous hypnotiser devant nos inventions, à faire les comptes de nos précieuses confiseries. Bonjour Madame la marchande, je voudrais deux gâteaux. Nous nous saisissons de nos pâtés de terre, et avec des précautions infinies, de celles dont nos mères nous croient incapables quand il est affaire de leurs trésors de grandes personnes, nous glissons sur la paume ouverte de nos clients rêvés des choux à la crème de pistache, une pincée de paille mouchetée de glands. Mais c’est toujours toi qui veut faire la marchande, se révolte ma cousine, boudeuse, lasse d’être le client moustachu que je lui ordonne encore d’incarner.

dimanche 27 septembre 2009

Le pilleur de tombes

Il a joui et maintenant il feint d’être endormi. Comme il feignait de l’être avant que son sexe entre en moi, comme il feignait de l’être alors même qu’il était en moi, donnant ses paresseux coups de reins de poupée ensommeillée. Baisé par un gisant. Baisé par un mort. Je n’ai pas encore joui, lui déjà trois fois. Je ne veux pas jouir car je ne veux pas arrêter le plaisir. Je veux faire durer ce moment avec lui. Il est ma poupée brune. Il ne peut pas me faire de mal. Je joue avec lui comme un hochet que je porte à la bouche, que j’avale tout entier. Il ne peut pas me blesser. Je retire la capote que je lui ai mise pour me baiser, je la presse bien contre sa peau pour ne pas laisser s’échapper une seule goutte, pour que son sexe sèche rapidement, je lui remonte son slip blanc, juste baissé à mi-cuisse, puis son jogging marine tombé aux chevilles. Il ne s’est jamais déshabillé. De lui même, dans son faux sommeil, il se retourne sur le dos et souffle au plafond. Je fixe sa moustache noire, sa barbe drue, je n’ai pas encore joui et je ne veux pas jouir. Son corps qu’il m’offre pour se refuser me rend fou et promet encore le plaisir. J’approche le latex de mes lèvres et j’en avale le contenu, comme un calice retenant sa rosée, comme un enfant son hochet. Il est ma poupée. Il ne peut pas me blesser.

C’est une chute libre depuis quatre jours, c’est de l’air qui me porte, la terre est très loin, trop loin pour déjà avoir peur de s’y écraser. J’avale son sperme parce que j’en ai besoin. Encore une fois, comme hier, comme déjà plus tôt dans la nuit, lorsqu’il a joui pour la première fois dans ma bouche, sur la terrasse, sans jamais avoir ouvert ses yeux sur moi. Avant qu’il ne fasse mine de se réveiller, de s’étirer, de se laisser presque porter des escaliers à sa chambre.

J’ai avalé son sperme parce que je lui trouve bon goût, je veux le croire. Parce que je veux prendre ce risque. Son sperme a le goût de sa peau, je veux le croire. De terre limoneuse. De ses yeux de Tcherkesse, d’ultime rejeton de paysanne de Haute-Egypte prostituée il y a cinq siècles à la troupe mamelouke. Je ne l’avale pas parce que je l’aime, mais parce que je l’adore. Je n’éprouve rien pour lui. Rien qu’un désir douloureux, enivré, mêlé de fierté, de rouerie et d’irresponsabilité. J’ai avalé parce qu’il me rend fou. Parce que c’est interdit. Parce que je n’ai pas eu peur, ou parce que l’envie a un moment dépassé la peur. Parce que j’ai calculé les risques, estimé les probabilités. C’est ce que je veux croire en avalant son sperme, croire que dans la fraction éternelle de seconde où son sexe se tendait, où une secousse nerveuse, un tressaillement de la hampe, un ultime gonflement de la tête parfumée comme une figue me laissait deviner la décharge, à ce moment même, je calculais. Blouse blanche de professeur de collège, tableau noir empli de traits de craie, élèves médusés, le geste affolé, les cheveux en bataille, je résolvais mes équations. Vouloir croire qu’un cluster de super-ordinateurs activait une modélisation à l’échelle de la planète, que des milliards d’informations traversaient les transistors de ma tête, que des circuits de silice agitaient neutrinos et neurones pour décréter que je pouvais, sans crainte, boire son sperme. Après résolution d’un gigantesque complexe de fonctions et de vecteurs, de sommes absolues, de constantes et d’axiomes, après prise en considération des variables de sa généalogie, de son histoire personnelle, de ses pratiques sexuelles, de son expérience passée, de son improbable fiancée, de la couleur de ses yeux, de ses pommettes saillantes, de la position d’Orion et de la date de la crue du Nil, et surtout du désir irraisonné de mes lèvres, de ma peau pores ouvertes, de ma langue, papilles corolliformes, bourgeons gustatifs, sillons tactiles, tous collés à son sexe.

Deux mois plus tard, sous la pluie de Paris, je me féliciterai peut-être de l’avoir bu, car mes calculs seront tombés juste, sinus et cosinus m’auront sauvé la vie. Ce sera le dernier sperme de ma vie. Je voudrai le croire, je voudrais le croire. Ou peut-être pleurerai-je de terreur. Je tremblerai bien un peu, plus tard, cette nuit même, quand il fera encore semblant de se réveiller, quand cette fois, enfin, il cessera sa comédie. Quand il voudra me confronter, quand il me demandera pourquoi je fais ça, comme si lui croyait ne faire rien, comme s’il voulait le croire. Quand il me dira, Tu sais, je ne dormais pas. Depuis le début. Même le premier jour, je ne dormais pas. Je ne lui répondrai pas. Pas à ça. Quand il me parlera de son passé de petit voyou, de la poudre blanche qu’il a déjà avalée, je m’inquiéterai… Mais je n’y croirai pas. Je penserai qu’il crâne, qu’il fait l’homme, qu’il fait le dur. Oui, je tremblerai un peu, je me sentirai peut-être déjà mort. Alors que je sois une pute morte. J’avale son sperme.

Plus tard, à Paris, je n’en dormirai pas. Plus tard, un mois plus tard, je pleurerai au fond de mon lit. Je me dirai que le sperme n’a pas de goût, que cela n’en vaut pas la peine, que je n’aime pas me faire baiser, que rien de tout cela n’avait de sens. Je me dirai que s’il m’avait fait l’amour, je n’aurai jamais eu besoin d’avaler sa petite mort. Que je l’ai avalée comme de la morve, comme de la morgue, comme ce mépris qu’il me crachait à la figure, que sa bite crachait dans ma bouche, parce que je n’étais plus un homme et qu’il feignait dormir. Et puis je regarderai sa photo, je me dirai que l’ange de la mort est bien beau. J’espérerai qu’une feuille de laboratoire viendra me donner raison, qu’elle m’apportera la libération, que je serai heureux d’avoir bu son sperme. Je montrerai sa photo, je ferai le petit fier, regardez la belle bête, j’ai couché avec lui. Je ne leur dirai pas qu’il ne m’a jamais regardé. Je ne dirai pas qu’il a joui dans mon cul et dans ma bouche en faisant semblant de dormir. Cette honte, cette peur de ma mort, ce remords de la sienne, je les garderai pour moi.

***

Depuis le toit de la pension, je regarde avec lui la montagne, et nous buvons au goulot des rasades de whisky. Montagne est un bien grand mot, gabal sonne plus modeste, une centaine de mètres de caillasse rosée au matin, grise et fumante au midi. Des masures jaune safran ou bleu ciel qui s’accrochent aux flancs, des paysans juchés sur leurs ânes passent à l’aube dans des champs de canne à sucre ou de luzerne. Au fond à gauche, dans le temple de Habou, Ramses III fouette ses ennemis et comble d’offrandes le dieu Ptah. Les habitants pillent les tombes, dit-on. Leurs ancêtres sans doute. Les descendants vendent des statuettes de gypse et sourient aux Hollandaises.

Mais il n’est pas l’un d’eux. Il est venu du Caire, comme moi. Il s’ennuie ici. Il n’est pas là pour visiter des temples, juste pour tirer des câbles, régler des micros, monter des estrades, et tout ranger au coeur de la nuit, pour que les enfants du village ne viennent pas chaparder. Il n’est pas même l’ingénieur du son, seulement l’apprenti. Il loge avec nous dans la pension des habitués, une petite chambre blanche où il fume seul le soir. Je ne sais pas s’il est bien conscient de sa formidable beauté. Je ne sais pas si sa fiancée la saisit. Je ne sais pas si les femmes regardent ces beautés-là. Bien calanché, jugera Leila, quand je lui avouerai, au retour, à Paris, ce que j’ai fait avec lui. Mais elle ne saura pas de qui je parle, elle ne l’aura pas remarqué. L’apprenti de l’ingénieur du son ? Il faudra que je lui montre sa photo pour qu’elle le reconnaisse, Elle n’a pas fait attention. Pourquoi les femmes ne repèrent-elles pas ces splendeurs-là, sinon des puits sans fond qui ne peuvent se faire arroser que par ces mâles luisants, ces taureaux un peu vulgaires, un peu seuls, un peu tristes ?

Non, ce n’est pas affaire de grosseur. Ces taureaux-là ont rarement des monstres entre les cuisses. Il n’a pas un gros sexe, juste une bite moyenne, plutôt modeste, même. Il n’est pas bâti comme un dieu grec, ni même un pâtre, plutôt comme un guerrier lourd aux pieds épais, nourri au riz et au poulet, un soldat de Ramses qui regarde le sol. Il a une poitrine large, sombre et velue, des cuisses massives, comme un maçon. J’ai vu son caleçon blanc, en coton d’enfant. Il ne l’a pas enlevé devant moi, il rentrait de la douche, il prétendait que nous étions deux hommes, en cet instant-là: nous étions éveillés. Il n’aura pas voulu m’offrir la vision de son corps entier. C’était notre second jour, peut-être. Je ne l’ai vu presque nu qu’un court instant à la lumière. Je n’ai pas vu son corps offert à mon regard, seulement des quartiers, son visage, son torse, ses jambes, moins poilues que je les rêvais, et son sexe, son sexe, son sexe. L’ai-je seulement vraiment vu ?

***

Au premier jour, je chantais et je chantais. Ils écoutaient, ils souriaient et chantaient avec moi, partageaient un refrain, puis laissaient ma voix s’envoler, partir en volutes comme la fumée enhaschichée qui s’échappait de la gôza du vieux Salem. Une bière Stella, une lampée de mauvais vin Cléopatra, ou de Coteaux Gianaclis, et ma voix n’était plus mienne, elle suivait des mélismes antiques, s’enivrait de sa soudaine limpidité, et plus puissante encore, planait au-dessus d’eux comme un lasso tournoyant. Leurs yeux sur moi, le moment du petit triomphe, comme tu chantes bien, chante encore, et ses yeux, les siens, brillant d’admiration. Ma bicyclette que je lui prête pour aller faire un tour jusqu’aux colosses, et nous nous retrouvons plus tard, dans la cour de la pension, seuls accoudés à une table déserte. Les chats dorment et je lui dit que j’ai une bouteille de whisky, ramenée de France, veux-tu boire dans ma chambre? Allons sur la terrasse, suggère-t-il, et nous regardons les lumières crépitantes sur la montagne. Je lèche le goulot de la bouteille pour que des particules de sa salive se mêlent à l’alcool. Je suis prêt à lécher chacune de ses sécrétions. Si homme qu’il ne peut qu’être un bouc lubrique. Je sais que je toucherai son sexe. Qu’il sera brûlant. Il fait presque froid, la nuit du désert est proche, et il faut un peu s’étendre, Toi viens dans la mienne, continuons à discuter, me dit-il. Je le suis, et comme lui m’étend sur son lit.

Fiancé, des études arrêtées, il n’aime pas Gournah, rien à faire ici, juste une mission, un travail pénible, il n’aime pas cette musique qu’il enregistre, ces soufis hallucinés, ces paysans ignorants, cette pension si loin de tout, il faudrait marcher pendant longtemps pour parvenir jusqu’au bac qui s’interrompt la nuit tombée, il n’y a plus que des felouques pour traverser, aller à Louxor, aller danser avec les étrangères. Mais avec ta fiancée, tu fais l’amour ? La mygale en moi commence à tisser sa toile. Tu sais, en France, on fait l’amour comme on veut. Tu as une fiancée toi ? Bien-sûr, asséné-je. C’est important de faire l’amour comme on veut. Comment fais-tu, toi, quand tu as envie? Il n’y avait pas de place pour son silence gêné, juste assez pour qu’il baisse les paupières et se dise fatigué. En France, on peut faire l’amour tout le temps, avec n’importe qui, il suffit de demander. Avec une fille, avec un garçon, il suffit de demander. C’est très simple. Les mensonges les plus monstrueux, les contes les plus fantastiques se bousculent pour sortir du démon qui m’habite. Il ne répond plus, il ferme les yeux, pose la main sur son pantalon de jogging et s’offre à moi sans un bruit. Ce sera donc cela le marché. Il ne voudra pas savoir. Il voudra jouir sans me voir. Ma main caresse tout de suite son sexe à travers le pantalon de jogging. Il jouit vite dans ma bouche et j’avale son sperme.

***

Quatre soirs de comédie. Quatre soirs à se passer la bouteille, maintenant presque vide, à le voir feindre de tituber, feindre de s’endormir, feindre de s’offrir. A ne voir qu’un visage yeux clos et un sexe dressé. Ma poupée ne parle pas, mon jouet ne m’aime pas. Je lui ai donné mon cul, je l’ai offert à son corps défendant, qui me fait comprendre, sans un mot, qu’il voudrait me baiser. Il dort et me baise, s’agite en moi somnambule, je place sa main sur mon sexe et il me branle tout en dormant. Une petite victoire, dérisoire, mais elle me remplit de bonheur. Il jouit en moi. J’ai déjà tant bu son sperme que celui-là aussi, celui qu’il a lâché en moi, je le veux. C’est le dernier verre, la dernière coupe, le calice jusqu’à la lie, je n’en aurai plus, je ne goûterai jamais plus.

Je n’ai toujours pas joui, je me retiens, je veux encore tout de lui. Quand pour la quatrième fois il bande, je le laisse entrer en moi, nu. Je baise avec un mort, je baise avec la mort. Lui aussi, et il ne le sait pas. Je ne sais si je le punis de son sommeil feint. Ma poupée n’est pas un homme, qu’elle courre le risque d’être brisée. Mon adoration se charge de mépris. S’il m’ignore, je le tuerai aussi. Nous serons deux à jouer à la roulette russe. En buvant son sperme, je risque ma mort. En le faisant entrer en moi, je risque la sienne. Cette fois encore, il jouira.

Deux mois plus tard, quand je me retournerai sans sommeil dans mon lit pour haïr ce moment, je me dirai qu’il n’a rien dû lâcher, qu’il était vidé, qu’une seule gouttelette sera sortie de son sexe épuisé. Que pour la première fois, il dormait peut-être. Je referai mes calculs, dix fois, cent fois, le crayon dans la bouche, le domaine de définition, la trajectoire de la fonction, en élève appliqué, x’ égale a + racine de delta sur b2-4ac, il ne peut pas être infecté.

***

Leh beteemel keda? Pourquoi tu fais ça?
La question me prend au dépourvu. Mon jouet parle. Son sang est devenu piles, j’entends presque une voix métallique, quel concepteur fou aura choisi cette phrase-là pour un petit garçon qui joue avec sa belle poupée velue? Je n’espérais plus cette tombée du masque, elle vient trop tard. J’attendais le baiser, j’attendais qu’un autre geste vienne compléter notre conspiration du silence. Mais le baiser vient de se briser à terre, ma poupée diabolique veut maintenant me griffer. Quand enfin elle reconnaît son éveil, quand enfin il nous reconnaît, c’est pour formuler un reproche. Parce que je l’ai touché? Parce que je l’ai bu? Je ne m’y attendais pas. Mais je suis pas seul, ici, lui-dis-je. Tu avais envie aussi, non?
— Je ne dormais pas, tu sais.

Misérable coup de théâtre. Me prend-il pour un idiot? Est-ce que je crois aux somnambules qui enculent? Il n’a jamais dormi. Il me fixe droit dans les yeux et me fait la leçon. Il cesse la comédie, salue le public, baisse le rideau, ôte son maquillage. Son visage de porcelaine s’éveille, la cire se craquelle. Ma poupée me fait peur. Pourquoi maintenant? Parce que je suis toujours là et qu’il a joui quatre fois? Parce que demain sera le dernier jour, parce que cette nuit est un adieu? Parce qu’il ne peut plus se taire et ne sait qu’aboyer?
— Mais ce soir, tu es venu me chercher. Toi même. Au milieu de la nuit.
— J’ai essayé de dormir et je n’ai pas pu. Je me suis dit que j’avais envie de baiser Farid. Que je devais baiser Farid.
— Alors, si tu m’as baisé, pourquoi tu m’en veux ?
Il me respectait. Quand je chantais, il m’admirait, dit-il. Il se disait, ça c’est un homme. Et puis j’ai fait ça. J’ai déchu. J’ai déçu. Il se faisait une autre idée de moi. Tu te faisais aussi une autre idée de toi, et je ne le lui dis pas. N’auras-tu donc pas la reconnaissance de la queue? Je suis le pauvre grand homme chu de son piédestal. Je suis le violeur flétri, le croqueur d’hommes, la goulue, celle qui finira tête coupée, sur ordre du calife. Je suis le sale vautour, le profanateur des slips immaculés, le pilleur des tombes génitales, la bouche édentée soudée aux queues vierges. Et toi, beauté hypocrite, trop honteux pour me regarder, trop heureux de fondre ta rage au fond de ma merde. Chacun en l’autre admire l’homme qu’il n’est pas, moi celui que les femmes ne voient pas, lui celui qu’elles épousent.

Nous finissons sans un mot la dernière goutte de whisky, nous la partageons et avant de boire après lui, j’essuie le goulot. Pute morte. Pute tuée.


Sulfate de cuivre

Les cristaux fondent dans la casserole émaillée de ta mère, sur le feu de la cuisinière. L’eau devient lagon, mer de Cassis ou de Caraïbes. Pour fabriquer une grappe de cristaux, pour créer une gangue bleue, il faut une solution saturée, et la laisser refroidir dans un bécher. Je te dis bécher comme je dirais salière ou éther, comme un mot si commun que tu ne pourrais l’ignorer. Mais tu me demandes ce que c’est et je te montre d’un air d’évidence exaspérée le verre de pyrex gradué au col évasé. Nous ne faisons pas encore de chimie à l’école, et quand nous en ferons elle ne nous intéressera pas. Les équations n’auront jamais la couleur de vin du permanganate de potassium, son odeur métallique et violette, ni le turquoise du sulfate de nickel.
Nous plongeons dans la solution encore brûlante un cristal saphirien de sulfate de cuivre, entouré d’un fil de soie, lui même relié à un bâtonnet posé à travers le bécher. C’est la méthode infaillible pour obtenir un immense cristal, que nous offrirons à nos mères, que nous exhiberons fièrement. Mais la solution est trop chaude, et le plus gros cristal que nous avions fait pousser la dernière fois fond sous nos yeux horrifiés, le fil de soie pend, mort, dans le verre de solution bleue. Montasser, ton petit frère, nous demande ce que nous faisons et nous le chassons violemment de la cuisine. Nous en avons presque les larmes aux yeux. Il aurait fallu attendre que le liquide tiédisse. Mais nous ne pouvons pas attendre, nous voulons le gros cristal maintenant, l’attente même d’une nuit est insupportable. Il faut recommencer, encore, comme la dernière fois. Attendre demain matin qu’au fond du bécher se soient déposés de nouveaux saphirs.
Sur la table du salon, Madame El Sayed a ouvert le livre de classe et nous convoque. La couverture de carton rose se délite. Le drapeau tricolore de la République Arabe Unie est fièrement tenu par un garçonnet qui te ressemble. Les lettres nouvelles sont en rouge. alif, ba, ta’, tha’, guimGa-ma-loun, un chameau. Ba-qa-ra-toun, une vache. Nous traçons nos lignes d’écriture sous le regard de ta mère. Deux lignes pour chaque mot, qu’elle corrige sur la toile cirée. Posé au coeur de la table, le bécher aux reflets d’azur irise nos alifs. Ton frère aimerait apprendre, comme nous, mais il est encore trop jeune. Il aimerait descendre, comme nous, jouer à la cave, mais il est trop jeune, aussi.

samedi 26 septembre 2009

Moudjahid du peuple

Conspirateur, espion, agent de la Sureté du Territoire, je griffonne des notes sur mon journal replié pour ne pas l'oublier. Je ne connais pas son nom, et sa tête ne me le souffle pas : il pourrait être Bruno comme il pourrait être Sofiane. Mais s'il fut Bruno, il est désormais Sofiane. Abou Sofiane. Abû Sufyân. Compagnon, Mecquois ou Médinois. Il est immense. Ses cuisses sont énormes. Ses mains des battoirs. Ses épaules occupent les deux places de la banquette. Je suis venu m'asseoir en face de lui, aussitôt attiré, papillon des galeries noires voletant autour de son épaisse splendeur. Sous sa calotte blanche, un visage souriant et rougeaud, des yeux marrons pailletés de vert. Une barbe qui se voudrait sainte et touffue, mais qui est encore claire, encore ajourée de clairières où pourraient s'infiltrer le démon. Il porte des baskets, des Nike pleines de sequins bleu et argent, d'une taille peu commune. Un kamis gris, une jellabah — je ne sais comment ils appellent entre eux leurs tuniques, sur quelle appellation du septième siècle ils se seront fixés — recouvre son corps de géant. Une épaisse veste ornée d'un sigle américain, une équipe de baseball ou de basket, que n'ai-je noté ce détail, lui dessine un dos plus puissant encore...
Il joue avec son portable, envoie des sms, j'aperçois la Kaaba en fond d'écran. Je soupçonne qu'un appel à la prière ou un verset remplace la sonnerie. Je me meurs d'envie de lui demander quel opérateur employait le Prophète. De le lui demander en arabe, que je sais qu'il ne comprendra pas. De confondre son insolente et belle bêtise. Mais je ne lui demanderai rien. Il discute avec un compagnon, en face de lui, juste à côté de moi. Le compagnon est Marocain, sans aucun doute. Il n'est pas déguisé, sa face brune lui suffit. Il prononce convenablement les insha'allah dont il parsème sa conversation. Mon Sofiane aussi, un peu maladroitement, comme un hiéroglyphe tremblé. Il parle d'un certain Ramdame, « Ramdane » le corrige l'autre, « avec un n, Ramdame ça n'existe pas », « Ah bon? Je croyais »‚ sourit mon Sofyane. Une femme menue, tout à l'heure, viendra essayer de s'asseoir, elle se coincera en équilibre à côté de lui, une fesse dans le vide, menaçant de chuter à chaque coup de frein de la rame. Il essaye de lui faire de la place sur la banquette, il ne la regarde qu'une seconde, le temps de lui décocher un sourire confiant et indifférent. Ah ce Ramdane « Il n'a pas la bonne habitude », juge-t-il. « Non, pas du tout », opine l'autre. Qui est ce Ramdane qui n'a pas encore lapidé de satans dans sa cave ?
Sofiane l'a déjà oublié, il pense au match de ce soir. Il pense à haute voix, à la voiture qu'il s'achètera le mois prochain, une petite Clio, « tranquille », dit-il, avec un accent un peu gouailleur. Le t est légèrement affriqué, un h imperceptible le vient festonner. Un accent du prolétariat urbain, léger, sans vulgarité, juste assez prononcé pour lui interdire tant de métiers, plus sûrement encore que son déguisement, qu'il enlèvera un jour, quand il s'en sera lassé. La femme glisse sur la banquette verte, il ne la voit plus, il est une montagne, un chameau gris, un géant de la bataille de Badr, il est Hamza, il est Omar, sabre à la main il défait les Infidèles. Au soir du combat, je le vois retirer sa tunique, son sarouel blanc, il ne regarde pas même son sexe. Il pisse de la main gauche pour ne pas souiller la droite. Il sait s'égoutter la verge d'un nombre canonique de secousses, il se lave l'anus avec du sable quand l'eau vient à manquer. Demain matin, il essuiera sa pollution nocturne et fera sa grande ablution. Les gouttelettes d'eau viendront humecter les poils emmêlés et blonds de ses cuisses. Je ne sais s'il est circoncis. Etait-il Bruno, s'est-il fait couper sa petite peau ? Mais je n'ai pas besoin de voir ses mollets sous le pantalon de survêtement recouvert de la jellabah pour savoir qu'ils sont entièrement ornés d'une calligraphie pubère, que le duvet y forme les points diacritiques d'une lettre d'amour parfumée de sueur.
Je ne cesse de le fixer, et dans ce wagon je vois un immense sling suspendu entre les deux poteaux centraux. Renversé, docile, cuisses écartées, chairs ouvertes, Sofiane soulèvera sa jellabah. Son visage sera toujours souriant et confiant, Dieu le baignera de sa grâce alors que je lui retirerai son pantalon, alors que le caleçon blanc, juste imprimé d'une minuscule goutte de pisse au parfum de musc, de myrrhe et de myrte, glissera sur ses chevilles. Son fion ourlé, frotté d'essence de jasmin, ouvert comme une poitrine de dévot, bougera ses lèvres brunes et violettes, à peine humectées de ma salive, soulignées de boucles brillantes, en une prière silencieuse au Créateur. Je poserai mes lèvres sur le trou et parlerai à Dieu.
Bandant, je me lève à ma station et ma braguette effleure un instant la manche de sa veste épaisse. Le regard perdu en contemplation divine, Sofiane le géant rêve de son bonheur populaire, tandis que la Mecque verte et noire scintille au fond de son immense paume calleuse.

تاكسي الغرام

حاولت أن أنسى ذلتي وأنا أرتشف كوبا ثانيا من السحلب على أحد كراسي مقهى ولي النعم، وراقبت سير الشباب يصعدون وينزلون الدرب المؤدي إلى شارع المعز لدين الله . حتى الآن، كان نهاري انقضى زفتا في زفت. غزوتي إلى سينما الشرق في السيدة زينب كانت قد باءت بفشل ذريع، وأنا المسؤول الوحيد عن الكارثة. والسبب، بكل بساطة، أني لم أعط بقشيشا لعامل الصالة كما كان ينبغي . عذري أنها كانت زيارتي الأولى لسينما الشرق، بؤرة مغرية من الفساد العذب المناداة رقيق . دخلتها كما يدخل سائح أحد الجوامع التاريخية، بشيء من التهيب مشوب بالاندفاع المرح. كنت آتيا من الميدان السابح في الشمس، وعندما ولجت الصالة المظلمة، التي تزيد من عكر جوها تلافيف الدخان المتطاير من سجائر المتفرجين، وجدتني كوطواط مفزوع أتخبط بين الكراسي وأرجل الجالسين. انتابني في الحال هذا الرعب الذي جرّبه كل واحد منّا يرتاد صالات الدرجة الثالثة: «وما لو كان الواد الحليوة المعجباني الذي ينتظرني وأنتظره قد ملّ قعدته ويتهيأ للخروج وسيفلت من مخالبي بسبب عماي المؤقت؟» أخذت أغمض وأفتح عيني محاولا تسريع عملية التأقلم على الضوء الشحيح، وأتلفت يمنة ويسرة في لهفة، بحثا عن فريسة أفترسها أو غازٍ يتصيدني. بعد دقائق بدت لي قرونا، لاحت في السواد بقعة خضراء غامقة شعرت أنها ولا ريب تنذر ببدلة ميري، فدنوت من هذه الخضرة المنعشة. أجل، كان في الصالة عسكري، يجلس منجعصا كفتوة في أحد الصفوف الأخيرة . وعندما تعودت عيناي على الظلام وأخذت تتبين الأشكال، حين تحولت الأشباح إلى ظلال ووجوه غامضة، أيقنت أنه المنى والطلب.


لم يكن مجرد عسكري مصري، بل كان الــــــــــــــــــــــــــــــــــعسكري المصري تملأ العبارة فاك ملأً وتلفظها بإجلال لا يمتّ إلى أمجاد الجيوش النيلية بصلة قريبة أو بعيدة، بل إلى هذه الفتنة الغريبة التي يحدثها في أحشائنا ظهور أي زي عسكري . كان هو الذي كافح الهكسوس وجيوش قيصر، وجاهد في جند عمرو بن العاص، وغلب على الإفرنج في حطين ثم واجه بونابارت على قدم الهرم، وهو الذي كتب الله اكبر بدمه على العلم الرفراف أثناء العبور. وعمره عشرون عاما، عشرون عاما أزليا، سن موقوفة معلقة، سن فتية دان الزمان لهم فما يصيبهم إلا بما أشاءُ أنا. كانت بدلته الميري الكاكي مهترئة متنسلة، ذات خيوط مدلدلة وسحابة مكسورة نصف مفتوحة، ورأيتها رغم تآكلها درعا من ذهب.


كنا قد تبادلنا الأنظار، وعلم أني أتيت للاستسلام. نهض واتجه إلى دورة المياه ومكث فيها مدة . أدركت أخيرا أنه ينتظرني هناك، ولكن عندما قمت بدوري للالتحاق به، لمحته خارجا منها يبحث عن مقعد آخر. فتبعته وجلست على بعد مقعدين منه، استرق النظر إليه وتلتقي نظراتنا أحيانا. كان قد اختار أحد الصفوف الأمامية والضوء المنبعث من الشاشة كان يمنع القيام بأي عملية جريئة. فطن إلى صعوبة الموقف، وقام مرة أخرى. نهضت وراءه، كفرعون يقتفي آثار موسى في بحر من الظلام، تشق دياجيه أشعة ملونة راقصة تصدر عن المنوار، مصحوبة بصوت نادية الجندي الردّاح يغطي على صرير خطانا. انتقى الجندي مقعدا في وسط الصالة، حيث كان ظل البلكونة فوقنا يمدّنا بظلام كريم يؤوي غرامنا ويستر بلاوينا.


كل ذلك وبتاع الشاي واللب، الذي كنت قد امتنعت عن شراء أطاييبه، مترصدٌ متربصٌ يعي بكل تحركاتي الاستراتيچية، وإذا به أشد تحفزا على القيام بدور العذول من ذي قبل. عندما اقتعدت الكرسي المتاخم لكرسي قاهري، أخذت أحكّ ساقي على ساقه فمدّ إليّ يده ردّاً. غمرتني هذه الحركة المفاجئة الرومانسية الساذجة بسرور ربيعي وثّاب. ظللنا جالسين، اليد في اليد نتلامس، كل واحد يغوص في ابتسامة الآخر، نضغط على أصابعنا المتشابكة، نداعب راحتينا، يمتزج العرق والدفء وجلد اليد البض يصبح كناية عن نعومة البشرة المستورة المرجوة ويوحي بها. كان من الممكن أن تدوم جلستنا ساعات طوالا، أن يقف الزمن مراعاة ومداراة لنا. كان ما نحن فيه يكفينا. كنا على يقين أننا سنمارس طقوس الوصال فيما بعد، ولكن في هذه اللحظة، بدت الديباجة أحلى وأمتع من المتن المتوقع.


وفجأة، أزفت الآزفة ووقعت الواقعة. بتاع اللب المحروم من «الحلاوة» المنتظرة أدرك أنّ الأوان قد آن للأخذ بثأره. وقف أمامنا وقال بصوت عال، متأكدا من أن حديثه سيسمع في كل زاوية من زوايا سينما الشرق، من كشك بائع التذاكر إلى أنأى كرسي في البلكونة:

- أنا مش عارف الواد ده عايز العسكري ده بالذات ليه!


فضحكوا كلهم. السينما برمتها، كل الخولات في الصف الأخير كفوا عن استهتارهم الفاحش وانفجروا مقهقهين، ساهين عن العضو الذي كانوا يلهون به منذ ثوانٍ، كل الناكين والمنتاكين عزفوا عن الجماع في كبائن دورة المياه، كل التلاقيح والبلطجية أخرجوا سيجارة الكيلوباطرة من أفواههم المفترّة عن أسنان مصفرّة ليضحكوا على الخول الغبي الذي طارد العسكري بين أطراف الصالة الأربعة وضبطه عمّ شلبي بتاع اللب متلبسا. فغدر بي الجندي. قال بنبرة الآمر الناهي وهو يتظاهر بالسخط :

- امشي بعيد!

فقمت ومشيت صوب الباب متباطئا متلكعا، لعل بطئي المصطنع يغرّ المتفرجين فيبحثون عن مخلوق فزع راكض. طبعا، لم تنجح محاولتي صون ماء وجهي المحمرّ احمرارا مشعا، فشعرت على قفاي وخزات عشرات الأنظار الساخرة.


كان الليل قد أسدل ستاره القليل نفعه عندما خرجت، فقررت أن الطريقة الوحيدة لغسل آثار الهمجية كوب سحلب في الحسين... وها أنا جالس، انتهيت من شرب كوبين، أتساءل أليس من الأنسب شرب قهوة سادة حدادا على هذا اليوم الضائع. لم يكن يوما ككل الأيام، كان اليوم الأخير، كان المفروض أن أعود إلى أوربا في الصباح، حيث سـأعيش محروما من تلك الكائنات النورانية التي نرزق بها في مباءات الفسق، أبناء الحلال الذين نذوق حرامهم ويتعلق بنا نكهته طويلا، يغذي خيالنا شهورا. سنة كاملة حرمانا من هذه العيون الجريئة التي تسبر أغوارك وتكشفك في ثانية ثم تضحك متسائلة أتنجرف وراءك جرفا أم تتعزز وتدّعي عدم الاكتراث، هذا المساء الأخير سيحدد فأل السنة. تطيرت من إمكانية الفشل. كنت قاطنا شقة في حارة متفرعة من شارع الملك فيصل، في الطرف الآخر من المدينة الكبرى. هل يجوز أن أبيت دون اقتراف أي إثم ؟ في شَرْع مَن استُحلّ أن أسافر في الصباح المبكر وقد ضاعت ليلتي عديمة الخلاعة؟ كان علي قطع المدينة كلها وأمامي ثماني ساعات لا بد من توظيفها بأكمل وجه مكمن.


مشيت ببطء نحو موقف الأوتوبيسات في شارع الأزهر، أخطو خطوة إلى الأمام واثنتين إلى الوراء كلما صادف عيني وجه وسيم، كلما برزت شوارب لامعة تسطر عينين براقين، كلما استشففت نتؤا من الأمام أو من الخلف، تورما أستطيع تخمينه وراء سوستة البنطلون البنفسجي الفاقع، طيزا مجدولة تخالها سمراء مشعرة تملأ اليدين، محندقة محزّقة في بنطلون من القماش الأسود الخفيف، شعر الصدر الذي يفيض من القميص المشجّر (الذي يصعقك ذوقه الواضح الجَلفَنة، ويؤكد في آن واحد ذكورة صاحبه، إذ يكون من رابع المستحيلات أن يرضى خول عن ارتدائه ولو على حساب حياته). حاولت أن أشبع من هذه المناظر، أسكر منها لا أقنع ولا أنقع ولا ظمأي يشفى.


استوقفت سيّارة أجرة وتهيأت مكرها للاعتراف بالهزيمة، إذ وضعت أناملي على مقبض الباب كمن يمسك بصرصار مدهوس قبل إلقائه في صفيحة الزبالة. قبل دخول التاكسي، تفرّست في وجه السائق الناشف المجعد، عجوز يلبس جلبابا أبيض، على رأسه طاقية مطرزة ؛ ألصقت على لوحة القيادة صورة لثلاث بنات بفيونكات يبتسمن في براءة لا تُطاق، فانقبض صدري. لن تكون صورة الشيخوخة السعيدة آخر صورة تحتفظ بها ذاكرتي. همهمت بضع كلمات غير مفهومة اعتذارا وابتعدت مسرعا عن السيارة. داس السائق على الكلاكس، يستغرب تصرفي ويستفسر أمري، فوليت ظهري كأني عائد إلى ميدان الحسين. ملّ الانتظار وسبّني سبابا لم أكد أسمعه ثم انصرف. سأنتظر سائقا آخر، إني أستحق وجها صبوحا في ليلة الوداع. أصبحت أشرئب كلما لاح تاكسي من بعيد أحاول أن أتبين ملامح السائق، لعله الغازي الكريم الذي سأتحفه بمهمة إيصالي إلى شقتي.


كنت أنتظر حتى تمرّ السيارة أمامي وتهدّئ من سرعتها فينظر إليّ السائق مستفسرا بحركة اليد ذات الأصابع المضمومة المنتصبة في نصف دورة نافدة الصبر، وكنت أتظاهر بالانهماك في التفرج على مشاهد الميدان، إذ أجده لم يستوفِ الشروط الجمالية القاسية التي وضعتها ولن أتهاون بها، حتى يتركني. ليكن سائقي أجمل وأحسن وأضوأ سائق في القاهرة، والا بلاش. بعد مرور نصف ساعة وعدد غير قليل من السيارات، عزّ اصطباري وكدت أركب سيارة لا تقل عن صاحبها الكركوب تهدما، حين ظهرت خلفه سيارة فيات جديدة يقودها شاب فتى مبهج الهيئة. تغافلت عن العجوز وظننت أني رزقت بمنيتي. صرخت اسم المنطقة التي أقيم فيها، «فيصل»، أعني في الواقع «هيت لك»، آملا في أن يُقدّ قميصي من دبر ومن قبل وبالورب كذلك. ولكن قبل أن أفتح الباب، شدت عيني مجموعة هائلة من الآيات القرآنية ألصقت على كل مساحة خالية في داخل التاكسي، وعرفت أنّ روح الهيبة التي سيبعث بها هذا الديكور الصارم لا يمكن أن تساعدني على تنفيذ نواياي، فأعتقت فريستي.


مرت نصف ساعة أخرى تتابعت أثناءها شتى ألوان المكسحين والمغضوب عليهم، حتى ظهر أخيرا سائق كامل الأوصاف. كان حقا لقطة. شاب وسيم أطلق لحيته منذ أسبوع أو يزيد، تكسو خديه الأسيلين ببساط أسمر يَعِدُ بخشونة ناعمة، وضع على اللوحة أحدا من هذه القلوب البلاستيكية الكهربائية ذات الأنوار الحمراء والخضراء تشتعل وتنطفئ على إيقاع خفقان قلبي الملهوف، وجهاز ستيريو مدهش الحجم قد زيّن بأصناف من الأزرار المضاءة واللُمَض الوامضة، تعتريك الحيرة لو سئلت عن فائدتها، يبث صوت إيهاب توفيق يغني «قمرنا» تسمعه جليا من الدراسة إلى ميدان العتبة. كان اختيارا موفقا. عندما قلت له «فيصل» توقف في الحال إذ كانت تلك المسافة الطويلة تعني عنده خمسة جنيهات، أما أنا فتمنحني نصف ساعة كاملة لتطبيق الخطة.


وطدت النية على الهجوم المباشر، فلا وقت لي لأضيعه في الأناة والتريث اللازمين عادة في مثل هذه العمليات الدقيقة. كانت الفكرة الرئيسية بدء دردشة بريئة يمكن تحويل مجراها بسهولة حتى أستدرجه إلى مواضيع صارخة المجون في أسرع وقت ممكن، وتترك مع ذلك مجالا لارتداد استراتيچي طارئ، تفاديا لاحتمال طردي من السيارة في وسط شارع السودان، أو تعرضي للضرب بالكوريك من طرف سائق مخدوش الحياء. تجرأت:

- أكيد اللي بيسوق بالليل بتحصل له مغامرات...

رمقني بإحدى تلك النظرات التي تقول »هات م الآخر« تصاحبها ابتسامة نصف مرسومة ورفعة خفيفة للحاجب الأيسر:

- مغامرات من ناحية إيه؟

كان قد فقسني. تيقنت أنه يدرك مغزاي منذ أول ثانية فتقهقرت حتى أتأكد أن السنّارة غَمَزت:

- يعني ناس غريبة الشكل، حاجات كده...

رأى دون شك أني أخرّم، وأراد أن يعيدني إلى الطريق المستقيم بإشعاري أنه لا يتذوق هذا الحديث العام وينتظر الوصول إلى لب الموضوع، فردّ علي بردود مقتضبة جافة كانت تنفي جفاءها في الوقت نفسه نظراته النفاذة الحلوة السخرية. أخذ يترقب لحركتي المقبلة.

- يعني، مغامرات مع حريم مثلا...

- آه، بتحصل.

رد مختصر، نظرة الجارح الذي يعلم تمام المعرفة أنّ الغنيمة ستقع لا محالة. حتى الكلام عن النساء اللواتي وقّعهن في سيارته لم يستهوه، كان إحجامه عن متابعة الحديث أفصح تحريض على إفراغي ما في جعبتي. كنا قد اجتزنا وسط البلد وأشرفنا على ميدان التحرير، والسائق لا يزال يلوذ بصمت مثير. جعلت أرتعش في عصبية، فسلمت أمري لله مقامرا:

- ومع أولاد كمان؟

يا حلاوة... ارتسمت على وجهه ابتسامة من الأذن إلى الأذن واكتفى بأن يعلق:

- آدينا دالوقتي بنتكلم جدّ.

- أمّال...

عند مدخل كوبري قصر النيل، أخذ يدي ووضعها بين فخذيه. ضحك الأسدان الحجريان فتحسست على زبره الواقف تحت قماش الچينز الكثيف، داعبته حينا ثم أخذت أفك الأزرار واحدا واحدا، أقفّش في بتاعه عبر القطن المشدود، أقرص الرأس مرة وأمسك ، بالجذع مرة. طلب مني أن أخرجه، فبدا لي رجاؤه طبيعيا ومشروعا في وسط ليل الجزيرة فرأيت أن ألبيه على الفور. كان بتاعه قصيرا غليظا اسطمبولي الشكل متينا. أخذت أسرتن له، ثم أكف وتهيجني رجاءات الاستئناف التي يُصدرها بصوت خافت مبحوح.

- عندك شقة فاضية؟

- لأ. ما تدبّر لينا مكان ع الطريق، أنت اللي أدرى بقى، دي شغلتك.

- أصل انا من روض الفرج، اعرفها شبر شبر، لو كنا هناك كنت خدتك شارع ضلمة وياللا. بس هنا، ماباعرفش غير الشوارع الرئيسية.


أين؟ عندما دخلنا شارع الملك فيصل، وزبر سائقي الخفاق ما زال بين أصابعي، أخذت أبحث عن مكان ملائم ولم أَرَ غير «مساكن منتصر». بدأت أتساءل عما أريد منه أصلا. إن الموقف، وما فيه من اختراق وقشعريرة خوف عابر من عواقب غير مرجحة، كان من اللذة بحيث لا أشعر بأي رغبة في الانتقال من مرحلة اللمم إلى الفحشاء الشنعاء (التي كان من المحتمل جدا أن أصبو إليها في ظروف مغايرة). أما السائق، فكانت صلابة عضوه منذ سوق الدقي وطوال شارع التحرير توحي بأن على باله ما يتعدى بمدى ملحوظ ما أكرمه به. والشيء الأكيد أنه لم يكن ليمسك عضوي أنا ليبادلني المداعبات السرتنوية. انتابني شعور بأن ما تحتوي عليه أحلامي الجنسية من ممارسة فعلية إنما يثيرني طالما لم يحدث ويصبح عند تحققه زائدا على الموقف، فائضا على عذوبة الكلمات المثيرة، كأن إعلان النية فيه ما يرضيني دون التطبيق، كأن في حمّى القنص والنجاح في إيقاع الفريسة في الشرك ما يفوق المتعة الجنسية المتشابهة المتكررة أبدا. كان هذا السائق تجسيدا لحلم الذكورة العسلية العينين الذي يراودني ليل نهار في القاهرة، فمن المفروض أن أجرع الكأس حتى الثمالة الانتياكية المرتقبة فأركع أمامه متوسلا حتى يملأني برجولته الغزيرة، ولكن عندما سنحت الفرصة تذكرت أن انتياكي لم يسبق أن لذّ لي كما في المستحلم من الأحلام، وأنّ إنجاز ما اسثرت السائق به لن يكون إلا، في أحسن الحالات، قياما بواجب ممل، وأن الڤيروس الرباعي الحروف ما زال حائما في قيعان المدينة، وأن المحاولة الوحيدة لردعه تتمثل في هذه اللافتة اليتيمة المنتصبة في آخر شارع قصر النيل والمرسوم عليها موكب من المواطنين الواعين (منهم المحجبات المحصنات اللواتي يسهرن على صلاح المجتمع، يذكّرن بسيدات ثورة 1919 وإن استعيض اللورد كرومر بعدوّ أحدث لا يقل عن سابقه خبثا وخواجيّة وخروجا عن العادات والتقاليد الشرقية التي هن [أي المحجبات] أطهر حُماة حصنها الحصين) يسيرون واثقي الخطى في مظاهرتهم الشعبية الوقورة، ينهون عن منكر لا تكاد تتصوره أذهانهم الورعة، حاملين رايات كُتب عليها هذا الشعار المفحم: «لا للرذيلة».


فبحثت في جيوبي ولم أعثر إلا على عازل من النوع لذي يوزع مجانا على مدخل النوادي «الجاي» في باريس، كان معطرا بالجوز الهندي خصيصا للمص. كنت محتفظا به آملا في لقاء عاشق يجمع بين حب بتاعي و الجوز الهندي فأضرب عصفورين بحجر واحد بينما يضرب هو حمامتي بعشرة، وعلمت لحظتئذ أني سأعبق أنا لاحقا بروائح الأم علي.


لم يطالبني بالأجرة.


Or noir

Son écriture était magnifique. Il avait noté au crayon noir azima geddan, "sublime", sur un coin d'étiquette de quelques disques choisis, qu'il n'avait plus écoutés depuis des années, et la perfection de son trait faisait écho aux voix ressuscitées qui sortaient du sillon. Je me rendais chaque matin dans son appartement de Manyal, sur la corniche du Petit Nil, pour passer plusieurs heures au milieu des disques recouverts de la poussière du désert si proche qui s'infiltre sous les murs. L'appartement était au second étage, un appartement modeste au débouché d'une cage d'escalier sombre et un peu crasseuse. C'était la gamaa qui m'ouvrait la porte, "le groupe" comme on dit par euphémisme pour éviter l'inconvenance de mentionner son épouse, une matrone laide, entre deux âges, visage tanné de campagnarde et grosses hanches serrées dans une robe noire. C'était sa seconde femme (je ne sus jamais s'il était veuf ou si la première l'avait quitté, lui et ses piles d'or noir en galettes), mère d'un gosse sage et timide d'une dizaine d'année, aux lunettes rondes, sans cesse rabroué par son père septuagénaire. Il l'envoyait parfois me chercher un disque dans un tiroir inconnu, qu'il ramenait fermement devant lui de ses deux mains crispés comme sur la coupe pleine du sang du Christ.
Monsieur Salman était déjà assis au salon, le dos raide, sur sa chaise droite près du balcon d'où on ne voyait rien qu'un coin de ciel blanc et bientôt brûlant. La femme me souriait bruyamment, déposait une soucoupe avec une goyave dure comme les pierres ou une poire pas mûre, et un plateau d'aluminium où trônaient deux thés sans sucre, une verre d'eau fraîche et un petit citron vert coupé en deux, pour moi. Cérémonieusement, je pressais un demi-citron dans le verre sombre et regardais avec délice la chimie des acides déteindre les tanins en volutes orangées qui bientôt envahissaient tout le verre brûlant, puis me forçais à manger la goyave. Il désignait un tas de disques, empilés par tailles, 25, 28 et 30 centimètres de diamètre, "Je les ai préparés pour toi", me disait-il. J'ouvrais alors le couvercle du Gramophone, un meuble massif en bois roux vernis, une caisse dont les ressorts avaient été remplacés par un moteur, un plateau recouvert de feutre vert, et je sortais de ma poche le trésor venu de France, des aiguilles de cuivre ou d'acier dans une jolie boîte d'époque, des aiguilles encore neuves, sorties des usines de Chatou et conservées par les collectionneurs de Paris, achetées pour une centaine de francs. C'était ici une denrée vendue plus chère que du lapis pharaonique, et à chaque voyage il me priait de lui ramener des aiguilles. Je dévissais la pointe d'acier périmé, en plaçait une neuve, une neuve par disque exigeais-je, puriste. Pas plus de deux faces, pour ne pas abîmer la surface, en fait usée par huit décennies d'incurie. Une dérivation électrique avait été installée sur la tête, qui ne semblait pas si ancienne, achetée dans les années 40 peut-être. Un enchevêtrement de fils plus loin, je branchais le câble sur un magnétophone Sony de reportage, un lourd engin qui m'avait coûté mon premier salaire.
Je basculais sur l'appareil un interrupteur à boule, comme il en existe encore pour allumer le plafonnier chez les vieilles tantes de province, réglais la vitesse toujours trop vive, et enfin sous le crachotement des ans empilés, Mounira entonnait
Après treize années, mon coeur est enfin apaisé, ou le Cheikh Youssef évoquait une Zeinab aimée en vers millénaires. Des flûtes depuis redevenues copeaux et poussières perçaient la pénombre derrière les persiennes qu'il refermait, pour nous protéger de la fournaise, une cithare égrenait ses notes aigres et métalliques, et le violon de Sahloun faisait vibrer l'air confiné. "Ils savaient faire de la musique, ces juifs, que Dieu les maudisse" grommelait Monsieur Salman, "Je n'ai jamais entendu quoi que ce soit de valable chez les Coptes. En Egypte, il n'y a que chez les musulmans et les juifs qu'on sait faire de la musique" jugeait-il, péremptoire. "Chez ces étrangers, au Levant, je ne dis pas, mais ici...". Derrière le canapé, sur le mur vieux verdâtre, reposait dans un cadre de bois doré un immense arbre généalogique de la famille khédiviale, le drapeau vert aux trois lunes, et Farouk éternellement blond et jeune, souriant d'innocence insensible aux femmes et aux tables de baccara qui le perdraient des années plus tard. Monsieur Salman ne bougeait pas de sa chaise, il posait ses bras sur ses longues jambes recouvertes d'une gallabieh brune, ne se levant qu'à grand peine pour ouvrir un bibliothèque d'une clé minuscule, pour en extraire un catalogue, un livre, une photo de lui coiffé d'un tarbouche, quand il était encore professeur de mathématiques au Lycée de Abdine. "Jusqu'en cinquante-cinq, je l'ai porté, j'ai été le dernier à l'enlever".
Il a le sucre", me disait sa femme, comme on dit ici "avoir le coeur" quand on l'a malade, "il ne peut pas manger de douceurs, mais vous! Mettez donc du sucre dans votre thé, et reprenez un gâteau". Elle les faisait elle-même, ses horribles gâteaux qu'il regardait d'un air désolé et tranquille, convaincu qu'il ne ratait pas grand chose. Je ne le vis pas tout de suite, il me fallut une semaine pour comprendre pourquoi, quand à midi il allait faire sa prière, je le trouvais simplement assis sur une chaise de la salle à manger, les mains croisées sur la poitrine ou levées contre les tempes, à côté du poste de télévision sur lequel la
Gamaa suivait un feuilleton, imperméable aux splendeurs ottomanes dont nous nous repaissions au salon. Je ne compris que lorsqu'un jour, épuisé, il croisa les jambes et que la lourde construction de bois et de plastique couleur chair se reposa sur sa cuisse valide. On me l'a coupée il y a cinq ans, me confia-t-il. Et j'ai peur qu'un jour ils m'enlèvent l'autre. Que Dieu facilite, répondais-je poliment. Monsieur Salman vivait sur les acquis de sa collection. Plus de visites au marché aux puces d'Embaba, plus de courses dans villages lépreux à récupérer les soixante-dix-huit tours de Monsieur le Maire au décès du despote rural et sénile, plus de successions à racheter, lui qui avait autrefois coiffé au poteau tous les concurrents pour raffler la bibliothèque d'Ali Mahmoud, le lecteur du Coran chez qui il avait découvert, stupéfait, les intégrales de Beethoven et de Mozart soigneusement étiquetées dans leurs pochettes brunes d'origine. Il n'y aurait plus qu'un héritage, le sien, le dernier, bientôt abandonné à ses trois fils qui n'avaient jamais de leur vie écouté une chanson. Sa jambe fourmillait.
A chaque visite il me laissait plus de liberté. Il demeurait prostré, attentif aux modulations des voix éteintes, commentant ici une variation, glissant là une anecdote, me laissant ouvrir moi-même les tiroirs, découvrir ceux de la chambre, ranger et trier les Gramophone Monarch, les Columbia étiquette verte, les Polyphon de guerre, ces matrices volées par les Boches au lendemain de la Grande-Guerre, cachées dans la manufacture de Hanovre, ces Allemands qui osaient vendre les disques d'Abd al-Hayy comme s'ils étaient différents de ceux à la marque de l'Ange. J'aimais les Baidaphon à gazelle bleue ou rouge, et ce pressage de 1907 où la photographie de l'artiste apparaissait sur fond blanc et rouge, au-dessus de la mention Baida Cousins - Beyrouth - Syrie, je passais le doigt avec respect sur les nénuphars d'or entrelacés de l'étiquette Odéon, écoutais en communiant dans le sourire les inflexions arméniennes de Monsieur Méchian ou l'arabe prononcé à l'allemande de Herr Blumenthal qui annonçait au début de chaque face des chanteurs aux noms pour lui imprononçables.
A la fin de chaque journée, nous recomptions les faces enregistrées, et je lui donnais la liasse de billets, le prix que nous avions convenu. Dix livres par disque recopié, vingt livres pour un original, anecdotes et commentaires fournis. Il en avait besoin, pour élever ce dernier enfant de vieillesse, entretenir cette épouse de la dernière heure qu'on avait débrouillée pour entretenir le vieux pied-bot. La troisième année, devenu seul disciple, quatrième fils, je remarquai dans le salon un nouveau canapé et sus que je m'asseyais sur mes billets. Gêné de se faire encore payer, il me glissait des cassettes sur lesquelles il avait enregistré quelques uns de ses disques préférés que je n'avais pas encore recopiés, calligraphiait les titres, et me faisait présent de disques qu'il avait en double. Le garçonnet passait quelques heures toutes les semaines, élevé chez sa grand-mère, au village, sans doute plus jeune que son père. Les deux grands fils ne passaient jamais. Les médaillons des rois et vice-rois d'Egypte finirent par disparaître du mur. La peinture verte devint jaune. Le radio-cassette allemand des années soixante fut remplacé par une machine asiatique pleine de flammes et de diodes. Mais Monsieur Salman bougeait de moins en moins, le regard perdu dans des années bien antérieures à sa jeunesse, dans des musiques désuètes. La dernière année, je trouvai l'appartement de Manyal fermé, les scellés posés par les avocats des fils se disputant ses disques inutiles, des monceaux de bakélite promise à la dispersion, des milliers de plaques noires rendues à l'inertie, muettes, obtuses, fermant avec le siècle passé sa mémoire.